Ce que veulent les femmes

Par une belle et chaude soirée aoûtienne, alors que je m’abandonnais dans les replis coulants d’une couette d’un vert clair, tirant sur le jaune dès les premières ombres avancées du crépuscule, bercé par la touffeur ambiante et la voix lancinante de notre opportun intervieweur polyglotte national (aka. Nelson Monfort), voilà que S., sublime brin de femme de 25 ans, dont la beauté n’égale en intensité que le sentiment de plénitude qui vous envahit à l’instant où la belle daigne retrousser ses lèvres graciles, découvrant du même coup deux rangées de dents aussi magnifiquement alignées, blanches et immaculées que le 27ème bataillon de chasseurs alpins un jour de fête nationale sur les Champs-Élysées, afin de vous prodiguer un sourire qui ferait s’interroger même le plus convaincu des péd des homosexuels, et que la cascade de boucles brunes venant pleuvoir sur de frêles et délicates épaules ne fait qu’attiser, S. donc, assise vaporeusement à l’autre bout (ouais, bon) du canapé recouvert par la couette sus-citée, émit une remarque.

« -Ah lui par exemple, il est pas mal. »

Sans s’en rendre compte, elle venait de faire chanceler bon nombre de mes convictions les plus profondes en matière de beauté masculine.

Alors, ok, je vous vois venir. Ce n’est pas que je m’intéresse spécialement à l’attractivité supposée de certains de mes congénères, je suis pas une tarlou une fiot un cycliste, mais il n’empêche que j’ai toujours cherché à savoir ce qui, d’un point de vue physique global, était susceptible de plaire aux filles ; ce qu’était la beauté masculine.

Il est à noter d’ailleurs, qu’il n’existe pas d’autre mot que ‘beau’ ou ‘bel’ pour qualifier un séduisant individu de sexe masculin dans la langue française, là où l’anglais par exemple avance ‘handsome’, quasi uniquement usité dans les désignations des êtres bipèdes musclés (parfois) et poilus (souvent) que nous sommes.

Évidemment, cette démarche d’investigation était intéressée ; l’idée étant qu’en ayant conscience des canons de la beauté masculine, je pourrais tenter de m’en rapprocher et ainsi niqu séduire à foison.

Le problème, c’est qu’elles sont quand même moins ‘basiques’ que nous. Parce que ouais, tout le monde sait ce qui plaît physiquement au mec normal de base, ya qu’à regarder les couvertures de FHM, magazine masculin bien peu raffiné mais néanmoins révélateur d’un certain état de fait. ( Google image : FHM)

D’ailleurs, en France du moins, il n’y a pas de magazine féminin consacré à la simple beauté corporelle des hommes. Encore une fois, les Anglo-saxons nous passent devant avec des titres aux noms évocateurs tel le fameux ‘Playgirl’, l’équivalent de Playboy à la sauce paire de chromosomes X probablement en état d’obésité morbide et vivant dans un état du sud des ÉUA (Etats Unis d’Amérique, et oui je fais du clavardage et j’envoie des courriels moi).

Donc, non seulement, elles sont moins basiques, mais en plus, jamais d’accord. Même si évidemment, il y a des bases, qui évoluent avec le temps ; ainsi l’homme fantasmé d’il y a cinquante ans n’est pas le même que celui de ce début de siècle ; au sortir de la guerre, il fallait être gominé, rasé de près, porter d’impeccables chemises blanches en toile épaisse, un pantalon à pince et des mocassins vernis, et surtout, SURTOUT être putain de viril.

Ainsi, alors que pour arrondir mes mois (pas seulement leurs fins) d’étudiant en sociologie à Paris V, je travaillais à la ‘snef’ (SNCF dans le jargon des cheminots), j’eus à subir un soir le monologue grinçant d’une collègue cheminote syndicaliste qui déblatérait grièvement sur le rôle du père dans la société d’après-guerre et plus particulièrement du sien.

Morceau choisi : « – Quand les premières pubs sur les eaux de Cologne arrivaient à la télé snurfl (nda : reniflement) avec les mecs torses nus, mon père (nda : ce héros) pouvaient pas les voir, snurfl ; il disait que c’était des pédés les gârs, snurfl rrrrrRRRptuu – …splaf- »

Aujourd’hui, l’homme peut se parfumer. Mais pas trop, sinon ça fait gay c’est louche.

Aujourd’hui, l’homme peut avoir une barbe de trois jours, c’est ce qui visiblement fait l’unanimité, mais pas en-dessous ça fait crade, ni au-dessus, ça fait biker et… crade aussi.

Aujourd’hui, l’homme peut pleurer, c’est admis. Mais encore une fois pas trop, parce que ce qu’elles recherchent aussi, c’est un côté rassurant, fort, inébranlable tout ça. Mais avec des failles, des blessures qu’elles pourront s’évertuer à guérir. Mais pas trop !

Et puis pas trop fort non plus, sinon ça leur fait peur, c’est comme les muscles, il en faut un peu, mais pas trop ; elles éprouvent le même niveau de dégoût selon qu’on leur présente la bedaine rebondie de Zach Galifianakis ou les biceps démesurés de Ronnie Coleman.

« Un peu, mais pas trop. » Il apparaît que cette simple phrase résume à elle seule les attentes des femmes.

Et c’est chiant ; l’homme qui plaît est le François Bayrou du rapport amoureux, « pile au milieu », mais pas trop au milieu non plus !!! Nonon, il faut aussi savoir cultiver sa différence…

Mais pas TROP différent.

CQFD. Ce constant paradoxe associé au port des téléphones portables dans la poche avant de nos frocs contribuent fatalement à tarir insensiblement les symboles de notre virilité mise à mal.

Alors faut-il pour autant s’abaisser à abâtardir sa personnalité originelle dans le simple but de pécho de charmer ? Faut-il dissimuler le fait qu’on supporte le PSG, qu’on aime le catch, le Tunning, le combo burlingtons/ sandales, Cauet ?

Est-ce seulement possible de maintenir cette astreinte sur le long terme dans une relation stable ?

Un peu, mais pas trop.

Lol.

Ou plus exactement : au début, sûrement. Pour ne pas effrayer. Il faut y aller doucement, se garder quelques dossiers en réserve, ménager la sensibilité de la belle. Un pattern acceptable semble être la corrélation entre le diamètre de la casserole et la période de temps précédant l’aveu.

« – Chérie, je porte des caleçons à motifs rigolos » pourra être avoué au bout d’une semaine à peine ;

« – Chérie, je suis fan de Mylène Farmer » devra attendre quelques mois ;

« – Chérie, je me masturbe chaque soir en m’entaillant les tétons et la verge avec un opinel préalablement plongé dans l’eau des toilettes de l’UGC de Montigny-le-Bretonneux en pensant à ta mère se faisant violer par des Roumains du métro près du tas de ses membres fraîchement amputés » nécessitera au moins dix ans de vie commune, un mariage et trois enfants non roux.

Vous comprenez l’idée.

« – Reste comme tu es. » m’a-t-on souvent affirmé. « Sinon, tu seras malheureux. »

Pas faux. MAIS avec des délais, comme la démonstration vient d’en être faite avec un brio qui m’étonne moi-même malgré la haute estime en laquelle je me tiens depuis que je sais qu’il coule en mes veines plus de 90% de sang aryen et moins de trois grammes de cholestérol. (Pierrot, si tu passes par ici…)

Ce qui ne facilite pas les choses non plus c’est qu’elles sont un peu tarées aussi ; un jour, une ex m’a sorti « toi t’es juste magnifique quand tu es torse nu et que tu souris en te retournant. »

Ok.

Donc pour draguer, faut que je me balade torse nu dans la rue, que je m’arrange pour marcher devant une fille et que je me retourne d’un coup en souriant.

Ouais.

Ben on verra hein.

Ce serait tellement plus simple si elles s’épanchaient toutes aussi catégoriquement que Mélanie

Sylvain

A propos de Sylvain

Does he look like a bitch ?
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2 Comments

  1. Bravo , moi j ‘ ai personnellement arrêté de me prendre la tête là-dessus.

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