Les Parisiens, les touristes et moi

les Parisiens, les touristes et moi

Depuis un moment, j’avais envie de revenir sur mon expérience d’hôtesse d’accueil dans un grand musée parisien dont je tairais bien évidemment le nom.

Je voulais partager avec vous les grands moments, les faits marquants de ces trois années durant lesquelles j’ai donné mes week end et mes soirées, en parallèle de mes études parce-qu’il-faut-bien-payer-les-factures-et-remplir-le-frigo et pour une question d’indépendance aussi. Je n’ai jamais eu d’argent de poche parce que l’argent-ne-tombe-pas-du-ciel, du coup, j’ai travaillé dès que j’en ai eu l’âge. Mais nous reviendrons sur mon tout premier emploi dans un autre article… 😉

Pour commencer le récit de ces trois années passées en uniforme, il y a les premières fois, forcément mémorables.

J’ai signé mon premier CDI à 21 ans! J’en ai ressenti une certaine fierté même si ce n’était qu’un job alimentaire… Je déteste cette expression! Tous les jobs sont alimentaires! On travaille tous pour payer le loyer et les factures, non?

Revenons-en à notre sujet. Les premières fois qui m’ont valu quelques palpitations…

Parler dans un talkie walkie avec les collègues. Drôle de frisson, on se sent comme dans un film. Le talkie dans un musée c’est terriblement pratique sauf quand des visiteurs sont à proximité, ils peuvent entendre tout ce qu’on se dit entre nous. Inutile de vous dire que, parfois, c’était cocasse…

Sentir son cœur battre à mille à l’heure juste avant d’appuyer sur le bouton ON du micro pour la première fois, avoir la voix qui tremble, entendre sa voix résonner dans tout le musée, aller jusqu’au bout, finir et kiffer.

Rassurer un enfant perdu, terrorisé, et retrouver sa maman pas inquiète du tout. « Oh ben t’es là?! »

Voir les gens courir vers vous en slow motion à l’ouverture du musée, les dimanche de gratuité, façon « attaque de la cité de Minas Tirith »…

Mettre au vestiaire la jambe d’un monsieur amputé, rester naturelle genre « j’ai l’habitude, je le fais tous les jours! » quand la femme du monsieur m’ayant certainement vue pâlir, me demande si je vais bien, attendre qu’ils partent, aller déposer la jambe et me retourner un ongle (ouch!) sur les rayonnages en métal. Bon bah oui ! J’étais un peu chamboulée, mais j’aimerais bien vous y voir !

Ne pas être saluée par les employés du musée côté ‘bureau’ parce que l’on porte un uniforme et eux, la carte du ministère de la Culture, se consoler en se rappelant qu’elles se servent de Reverso pour écrire une lettre en anglais.

Arriver le matin avec un grand sourire et se laisser petit à petit contaminer par les âmes sombres de beaucoup de visiteurs. Lutter pour ne pas devenir aussi sombre qu’eux.

Faire de belles rencontres, avec des personnes de tous les âges et des quatre coins du monde, visiteurs et artistes, prendre le temps d’échanger quelques mots avec chacun.

Être émue devant le tout premier spectacle de gens venus d’horizons où je n’irai sans doute jamais.

À la pause déjeuner, explorer le quartier à la recherche de la meilleure boulangerie, du meilleur sandwich, du meilleur fondant au chocolat, et au final, savourer la vue de la plus belle ville du monde à ses pieds.

Apprendre le nom des nouveaux, oublier ceux qu’on ne reverra jamais.

Ne pas bailler, ne pas mâcher de chewing gum, se tenir droite, sourire, ne pas faire autre chose qu’attendre le visiteur, ou mieux, le devancer dans ses questions.

Comprendre tous les accents qui composent la langue anglaise, deviner d’où vient notre interlocuteur.

Répondre en français à ceux qui s’adressent à nous en français, sinon, ils se vexent.

Dire « Bonsoir » à 11h du matin.

Dire « Bonjour madame » à un homme et vice versa, dire simplement « Bonjour » lorsque le sexe est réellement impossible à déterminer (ça m’est arrivé une fois, une seule heureusement).

Être en bac +5 à la Sorbonne, parler 3 langues couramment, être traitée comme une pauvre petite créature illettrée, les mettre en tort subtilement, sourire en les regardant réaliser leur stupidité.

Être reconnue et saluée par la hiérarchie du musée, mention spéciale au Président qui avait toujours un petit mot gentil.

Être prévenue le tout premier jour que nouvelle hôtesse = viande fraîche pour les vigils et les pompiers, ne pas y croire, se rendre compte, très vite, de sa naïveté, très vite mettre les choses au clair et devenir amie avec tout ce petit monde.

Devenir la confidente des joies et des peines, éviter d’en faire de même.

S’émerveiller des coulisses d’un grand musée parisien, mesurer sa chance et ne plus jamais y revenir, par déception.

Voilà, hôtesse d’accueil à Paris, c’est, un peu, tout ça. Je ne sais pas si vous vous attendiez à ça. Si vous avez des questions, n’hésitez pas.

Mais parlez-moi de vos « petits boulots » vous aussi!

Bookmarquez le permalien.

5 Comments

  1. Ah ! Des jobs d’étudiant … J’en ai eu cinq, dont trois avec la mairie du Havre !
    Celui qui m’a le plus marqué a été dans la section propreté et intervention urbaine, c’est-à-dire le nettoyage. Je faisais parti de l’équipe qui devait vider les poubelles publiques chaque matin, on était découpé en secteurs et tout et tout …
    Faut savoir que je suis quelqu’un de pas très manuel (à cette époque je sortais de classe prépa MP, maintenant je suis agrégé de maths, mais bon, je sais toujours pas trop quoi faire de mes dix doigts excepté tenir une craie et quelques trucs de cuisine 😀 )… Mais je suis d’une famille « modeste » avec deux parents ouvriers, comme disait mon père « tu vas te frotter au monde du travail et tu vas apprendre la vie ! ».
    Mine de rien, ça m’a appris la vie. Non pas apprendre à conduire des voitures au GPL qui calaient une fois sur deux, non pas vider les poubelles, mais apprendre à connaître des gens : quand on ne les connaît pas les gens qui y travaillent, on a souvent des a priori, voir un peu de mépris vu d’en haut : ils ne vendent rien, ils n’expliquent rien, ils ne font que ramasser derrière nous. Mais j’ai pu y découvrir une richesse insoupçonnée, des individualités surprenantes que l’on noie dans la masse des gens de l’ombre, ceux qui font que nos rues ne soient pas dégueulasses. J’y ai rencontré des gens avec du caractère, avec de la gueule, avec de la gentillesse …
    Bref, j’ai vécu une véritable aventure humaine. Quand bien même j’avais au minimum 15 ans d’écart avec la plupart d’entre eux, c’était bien sympa.

  2. Coucou :)je découvre le blog et en particulier cet article… Pourquoi me parle-t-il ? Peut-être parce que j’ai aussi trainé quelques temps, affublée des affreux uniformes Balenciaga dans ce même musée… Des peintures françaises, au couloir des Poules, de la petite salle égyptienne (le département était en travaux à l’époque) à la plus imposante salle des cariatides. Ton article me rappelle tellement d’anecdotes !! Une, en particulier… Un matin, ouverture des salles. Les premiers dans les starting-block, un groupe de japonais qui se précipite sur moi en criant « Nike, Nike, Nike !!! » (prononcer nique, pas Naïke genre marque US de baskets fabriquées par des enfants au Bengladesh). Je les regarde, forcément avec un air un peu bizarre, pas question de « niker » qui que ce soit faut pas pousser, et l’un d’eux me brandi sous le nez un dépliant touristique … Et le lumière fut… Ce sympathique groupe sous amphet recherchait simplement la Victoire de Samothrace… Soit, the Nike of Samothrace, dans la langue de Shakespeare… Belle crise de fou rire, mais sur le coup, ça fait quand même une drôle d’impression ^^. Merci Fa et au plaisir de se recroiser et nous raconter nos histoires « du front ». Bises. Nylu aka LiNylule

    • Hello Nylu! Merci pour ton commentaire! Mais je peux d’ores et déjà te dire que nous n’étions pas dans le même musée 😉 Je n’ai pas eu d’uniformes Balenciaga et nous n’avions pas de salle égyptienne.

  3. Quelle belle plume chère Fa !

    Même sur un sujet « léger » tu arrives à nous faire sourire, rire, à nous émouvoir, tout simplement. Chapeau bas !

    Pour ma part, mon premier boulot (comme beaucoup j’imagine !) fut employé dans un McDo. Malgré tous les a priori négatifs que l’on peut avoir sur un tel job, cela restera pour moi l’une des plus belles expériences de ma vie. C’était un McDo de province, la plupart des employés étaient en CDI et à quasi temps plein, ce qui renforce forcément la cohésion et l’esprit d’équipe : tous dans la même galère ! Résultat, beaucoup de rires, beaucoup d’émotions, des amitiés fortes (mais maintenant oubliées…) et des moments de pure folie ; grosso modo, on faisait la fête tous les soirs quoi ! Couchés à 4h du matin, mais frais et dispos pour l’ouverture à 7h…

    C’est beau d’être jeune ! 🙂

    • Merci Sid! J’ai oublié de parler des VIP! Morceau choisi : c’était quelques jours avant la sortie d’Inception, pendant ma pause, j’en parle avec une collègue, « il a l’air trop bien ce film! Et en plus, y’a Leonardo Dicaprioooooo!! » « Ouaaiis! » (entre filles, on se lâche :p). Je remonte de ma pause, je reprends mon poste, et là… Leonardo Dicaprio avec son papa et sa maman marchent droit vers moi! C’était juste fou! Et du coup, je ne savais même plus dire bonjour en anglais! J’ai essayé de garder mon calme, mais c’était quand même un peu surréaliste! :p

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *